La fourbure
(pododermatite
aseptique diffuse)
La fourbure est une des maladies les plus redoutée tant
elle est complexe, longue à soigner et tant ses conséquences peuvent être
dramatiques pour le cheval. Ce n'est pas une fatalité, loin de là, ses causes sont
multiples et rarement accidentelles. Elle résulte d'un mauvais état général,
conséquence directe de mauvaises pratiques alimentaires ou d'utilisation
(élevage ou sportive) du cheval.
šš››
Ü Avant d'aller
plus loin, voici quelques rappels sur le pied du cheval:
Le pied est l'extrémité du doigt unique du
cheval. La troisième phalange est entièrement enfermée dans une boite appelée
Sabot qui n'est autre que notre ongle replié sur lui-même et développé. La
pulpe de notre doigt, dans cette transformation se trouve réduite à un triangle
corné extérieurement représenté par la Fourchette. La Sole est cette zone
légèrement cornée de notre doigt que l'on blesse lorsqu'on se ronge les ongles.
La plus grande part du sabot est occupée par
la troisième phalange, de l'OS, un matériau qui n'amortit rien et transmet
tout.
Dans cette boite cornée se trouve une «chair»
lame de tissus qui génère et assure l'adhérence de la corne aux structures
internes. Elle permet entre autres que le sabot ne soit pas transpercé par la phalange.
Elle est sous tendue par un riche entrelacs artérioveineux qui sert
d'amortisseur viscostatique lors du poser du pied.
Nous trouvons aussi l'Os Naviculaire, et
l'articulation entre la deuxième et la troisième phalange. Donc un petit bout
de deuxième phalange. Tout ceci maintenu par une capsule, des ligaments et le
tendon perforant. Enfin on trouve le coussinet plantaire et les fibrocartilages
qui par des mécanismes complexes freinent la descente du paturon et donc du
boulet.
Seule la partie vasculaire est susceptible
d'adaptation rapide aux conditions. L'expérience montre que la réponse des
vaisseaux dépasse parfois la demande.
La fourbure est une congestion inflammatoire
(excès de sang) des tissus du podophylle (tissus situés entre la paroi du sabot
et la 3ème phalange).
Le sang ne circulant plus, le pied n'est plus
oxygéné, ce qui provoque l'apparition de nécroses. Cela entraîne la séparation
des feuillets du podophylle et de ceux du kéraphylle (boite cornée).
Le sang se loge aussi sous la fourchette, la
phalange n'est plus soutenue et bascule vers l'avant aidée en cela par la
traction permanente du tendon perforant.
Selon la gravité du cas, la phalange peut
aller jusqu'à percer la sole.
2) Différents types de fourbure :
Si la fourbure est une atteinte du pied, elle est en réalité le résultat final d'une
somme de disfonctionnements dont il faut chercher les causes en amont. La
fourbure, est la conséquence d'un mauvais état général du cheval. C'est avant
tout une énorme "crise de foie", qui s'étend par corrélation à
l'ensemble du système d'épuration de l'organisme : les fonctions hépatiques,
digestives, rénales et cardiovasculaires sont touchées.
Il n’existe qu’un seul type de fourbure :
la fourbure aiguë, mais selon son origine, sa gravité et son évolution dans le
temps elle peut prendre plusieurs formes (traumatique, toxique, infectieuse,
postpartum, etc…) en prenant un caractère de chronicité pour donner les
différents cas suivants.
-
la sub-fourbure
-
la fourbure traumatique ou
mécanique
-
la fourbure "d'eau
froide"
-
la fourbure médicamenteuse
-
la fourbure de mise bas
-
la fourbure chronique
Il s'agit du cas le plus grave et le plus dur
à soigner et évolue souvent en fourbure chronique.
La principale cause de cette forme de fourbure
est liée à des problèmes hépatiques. C'est la conséquence d'une surproduction
des produits de dégradation des protéines (glucides) comme l'histamine (famille
des amines). Une alimentation trop riche en glucides entraîne une surproduction
d'acide lactique, donc une diminution du Ph intestinal, provoquant la
destruction de certaines bactéries essentielles. Cette dégradation libère des
endotoxines. Le foie n'arrive plus à suivre et finit par saturé, conduisant à
une forme d'empoisonnement du sang et des troubles de la coagulation. Les fonctions hépatiques, digestives,
rénales et cardiovasculaires sont toutes endommagées.
En raccourci, on peut dire que la fourbure
aiguë est la cause d'une trop grande consommation d'Azote. Cela peut provenir,
une herbe trop riche, d'une distribution d'une "super ration"
inadaptée, tout ceci pouvant être aggravé par une sédentarité élevée.
La fourbure aiguë débouche en général sur une
bascule de la troisième phalange. Le cas le plus a redouté étant une atteinte
des quatre pieds.
Après une atteinte de ce type, le cheval est
clairement exposé aux autres types de fourbure et à des récidives. Il est
fragilisé à vie.
La sub-fourbure
Cette forme de la maladie est liée à un
problème récurant de mauvaise circulation du pied. Il y a congestion du sabot
sans bascule de la troisième phallange. C'est un état qui prédispose le cheval
à l'apparition de fourbure. Elle n'est pas souvent décelée, le seul symptôme
étant des boiteries chroniques et elle peut déboucher sur forme d'ostéite.
La fourbure traumatique ou
mécanique
Ce type de fourbure est fréquemment rencontré
en endurance, car il fait suite à des efforts prolongés sur terrain dur. C'est
la conséquence d'une inflammation des tissus du pied. Elle décelable après
l'arrêt des efforts, et peut parfois être confondu avec un début de colique
(boiterie, fatigue générale, transpiration et position couchée).
La fourbure "d'eau
froide"
Elle fait suite à l'absorption d'une trop
grande quantité d'eau froide ( 20 à 30 litres), par un cheval en sueur, juste
après le travail.
Il ne s'agit, ni plus ni moins qu'un
empoisonnement du sang après absorption de médicaments de type
anti-inflammatoires stéroïdien ou de corticoïdes.
La fourbure de mise bas
Elle peut être une des conséquence
traumatiques de la mise bas, due à une forte infection utérine par manque
d’évacuation du sang stagnant dans l’utérus. Ce type de fourbure découle d'un
affaiblissement général , à une grande fatigue de la mère et à la présence
d'infections non soignées.
La fourbure chronique
Elle fait suite à toutes
les autres, particulièrement à la fourbure aiguë. La position antalgique que
prend le cheval (penché en arrière) et la bascule éventuelle de la 3ème
phalange, conduit à une modification des aplombs. La corne pousse très vite en
talon et on constate que la une sole se bombe et que le sabot s'allonge en
pince avec une forme caractéristique rrecourbée vers le haut. La paroi est
cerclée de nombreux bourrelets faisant suite aux inflammations répétées du
bourrelet coronaire.
3) Symptômes :
Un cheval fourbu, adopte une attitude très
caractéristique. On dit qu'il fuit la douleur.
Il est campé du devant et sous lui derrière.
Le fait de porter son poids sur les talons, permet au cheval de soulager la compression
en pince due à l'inflammation. Cette position "penchée en arrière"
est accompagnée d'une montée de fièvre (parfois plus de 40°C), d'une
transpiration importante, d'un rythme cardiaque élevé (hypertension), d'une
congestion des muqueuses des yeux et d'une augmentation de l'anxiété. Tout cela
peut s'accompagner de déshydratation, de diarrhées.
Cette position peut être plus ou moins
accentuée selon qu'un ou plusieurs membres sont touchés. Une position
antalgique visible vous montrera le pied le plus touché, puisque le cheval
portera tout son appuie sur le ou les membres les plus sains.
Il est possible que la position couchée soit
la seule possible pour le cheval en cas de crise grave. Il ne faut pas
s'étonner de le trouver allongé de tout son long, les jambes tendues (une
attitude de "mort" très impressionnante).
Le pied lui-même peut être brûlant, on
trouvera une dépression ou un œdème coronaire palpable au touché qui peut
remonter assez haut sur le canon. La sole sera bombée (par la descente de la 3ème
phallange). Sur le canon, le pouls sera très rapide. Dans les cas extrêmes on
pourra apercevoir la troisième phalange percer avant de la fourchette.
Dans tous les cas, il faut se méfier d'un
cheval qui refuse d'avancer, ou qui se défend au lever un antérieur. Surveiller
de très prêt les chevaux obèses et enclins à la sédentarité.
Tous ces symptômes sont peu perseptibles chez
le poney. Les poneys en excès alimentaire peuvent éviter la fourbure pendant
quelques années jusqu’à un point de rupture dû à une pousse d’herbe
particulièrement riche à laquelle l’organisme ne peut plus faire face.
4) Remèdes immédiats:
La fourbure doit être considérer comme une
extrême urgence. De la vitesse d'intervention dépendra l'étendue des dégâts.
La première intervention est la saignée
(jugulaire ou au pied). Elle n'est efficace qu'avant les 12 heures suivant
l'accident, au-delà, les tissus sont trop endommagés pour que la saignée ait un
quelconque intérêt.
Si saignée il y a, il faut privilégier celle
du pied : percer la paroi en pince ou dans les lacunes latérales. Le but étant
de libérer les tissus du pied de la compression sanguine. Il faut noter
toutefois que cette intervention est sans effet contre les toxines.
Administrer des antalgiques et des anti-inflammatoires, ils calment la
douleur et sont anticoagulants et des vasodilatateurs. Il faut arrêter tous les
autres traitements médicamenteux en attendant l'avis du vétérinaire.
En fonction des cas de fourbures, on peut
administrer aussi des tranquillisants et des antibiotiques.
5) Soins curatifs:
L’effet du traitement est peu spectaculaire
quand le podophylle est dissoccié de la boite cornée. Il faut parvenir à la
repousse complète du sabot neuf en évitant la bascule phallangienne.
Une fois les premiers soins apportés, les deux
éléments à soigner sont :
-
le foie et le système
d'épuration ( attaqué par les toxines d’ordre alimentaire ou infectieux)
-
le pied ( sujet à un
dérèglement vasculaire par les toxines)
Il faut traiter l'ensemble, l'un sans l'autre
ne sert absolument à rien. Le traitement d'une fourbure, surtout d'origine
alimentaire est un acte de longue haleine. Ce n'est pas parce que le symptômes
ont disparus que le problème est réglé, bien au contraire. Il faut au moins
trois mois au foie pour se régénérer et plus d'une année à la boite cornée. Ce
n’est pas parce que le cheval ne souffre plus que le problème est règlé. Par
exemple, lorsque l’on se donne un coup de marteau sur le doigt, la douleur
disparaît avec la disparition de l’hématome et la repousse d’un nouvel ongle.
Le régime alimentaire :
Il faut s'attaquer à deux choses, la surcharge
pondérale, si elle existe, et le soulagement des fonctions hépatiques. Le foie
doit être mis au repos.
Dans un premier temps, le cheval sera mis à la
diète et retiré de la pâture. Son régime alimentaire sera exclusivement
constitué de foin (le plus vieux possible), de paille et de son. On ajoutera un
complément vitaminé + oligo-éléments pour éviter les carences. Il faut aussi
rajouter du calcium, pour contrebalancer les effets du son. On peut aussi faire
une cure de biotine. En parallèle, le vétérinaire vous prescrira des cures de
produits d'aide à la régénération des fonctions hépatiques, rénales et
digestives.
La paille sera remplacée progressivement par
du foin, au bout d'environ 4 semaines.
La réintroduction de céréales (orge et avoine)
doit se faire très progressivement et après au moins 8 ou 9 semaines de régime.
Les céréales doivent être réintroduites concassées trempées ou cuites.
L'introduction de matières azotées ne se fait pas avant la 12ème
semaine. Commencer par de la luzerne en bouchon, réhydratée et en petite
quantité.
Pendant cette période on peu laisser le cheval
brouter, un peu, sous contrôle, pendant 5 à 10 minutes par jour. Cela ne peut
que faire du bien au moral de votre compagnon et n'entamera pas les effets du
régime.
Le maréchal va intervenir en plusieurs fois
sur le ou les pieds touchés. Le plus important est de soulager le sabot en
pince pour décongestionner le pied et rétablir les aplombs. Il est préférable
d'agir avec l'appuie de radiographie des pieds, indiquant l'éventuel degré de
bascule de la phalange et ne pas agir à l'aveuglette.
Il faut
tronquer le pied, en pince, jusqu'à atteindre la zone congestionnée et se
rapprocher le plus possible de la phalange.
La ferrure aura pour but de soulager l'avant
du pied, d'aider les talons à supporter le poids du cheval et de mettre la
fourchette en appui pour empêcher la phalange de continuer sa bascule. On
limitera au maximum le nombre de clous, pour ne garder que ceux situés en
quartier. Si la sole est vraiment très abîmée, on peut la protéger avec une
plaque de cuir. Le nombre de ferrures ne manque pas et le maréchal saura
choisir la mieux appropriée.
La ferrure faisant suite à une fourbure est un
acte très traumatisant. On oblige le cheval à reprendre de bons appuis et à
quitter la position antalgique qui le soulageait. Il faut plusieurs jours au
cheval pour se réadapter à ses nouvelles chaussures. Il est même possible qu'il
paraisse plus malade qu'avant. On peut le soulager avec des
anti-inflammatoires.
Une fois cette ferrure posée, laissez la en
place le plus longtemps possible (au moins 8 semaines), il ne faut intervenir
qu'en cas d'apparition d'abcès ou de fourmilières, ce qui est assez fréquent
compte tenu des traumatismes qu'a subit le pied. Chaque nouvelle intervention
sur le pied handicapera le cheval.
Les soins généraux:
Un cheval fourbu a très mal aux pieds, c'est
peut être une lapalissade, mais il faut en tenir compte lors des soins. Ne
jamais forcer un cheval à marcher, et prendre son temps si le déplacement est
obligatoire (douche, pansage, etc…).
En dehors des traitements médicamenteux, il
n'y a pas grand chose à faire, ormis des bains et des douches. Les bains de pieds
vont aider à décongestionner le pied. On peut en profiter pour le désinfecter,
avec une solution à base de "Crésil" par exemple.
Il faut utiliser une eau à température
ambiante. Une eau trop froide à des effets constricteurs néfastes. Il n'est pas
nécessaire que le niveau d'eau dépasse la couronne. Plus haut, on risque de
faire éclater les vaisseaux micro-capilaires du paturon et du boulet. Si on
désire aller plus haut sur la jambe, il faut alors préférer l'action massante
d'un jet d'eau. Ce genre de manipulation peut être répétée trois à quatre fois
par jour.
Il est toutefois souhaitable que le cheval
sorte de son boxe, ne serai-ce que pour son équilibre mental et l'entretien des
fonctions locomotrices. Il faut alors
le mettre dans un paddock en terre (rien à brouter !!!), au sol assez
ferme (éviter la boue ou le béton). Il se déplacera seul, sans contraintes et
quand il le souhaitera.
En convalescence, un cheval fourbu passe le
plus clair de son temps au boxe. C'est un animal qui a du mal à se coucher et à
se relever et dont la thermorégulation est défaillante. Si l'on ajoute au
problème, la mise à la diète, l'équation se complique.
Il faut une litière très épaisse, pour éviter
les blessures aux jarrets et genoux. La présence d'un "gâteau" d'au
moins 15 cm est obligatoire, la litière ne sera rafraîchie qu'en surface. Il
suffit d'utiliser du fumier d'autres boxes pour la constituer. Il faut pailler
tous les jours.
Si le cheval a tendance à se gaver de paille
(régime oblige !), on choisira une litière de copeaux ou de lin.
L'idéal, étant un boxe en terre battue, sur
laquelle on disposera une couche de 20 à 30 cm de sable. Il suffit d'enlever le
crottin matin et soir et de niveler le sable de temps en temps. C'est le type
de sol idéal pour permettre un appui régulier sur la sole et la fourchette et
qui évitera les blessures dues au béton.
7) Cas des juments gestantes:
Contrairement à ce que l'on pourrait penser,
la gestation ne met pas à l'abri d'une fourbure.
Certaines juments développent des problèmes
circulatoires pendant la grossesse. Ce qui, ajouté aux problèmes hormonaux et
autres peuvent amener un terrain favorable à l'apparition de fourbure si
l'alimentation est trop riche.
Il se pose le problème de l'avortement. Le
pratiquer résout beaucoup de problèmes, mais cette solution n'est pas
obligatoire. La gestation peut aller jusqu'à son terme, sous assistance et
surveillance, certes, mais c'est envisageable. Si l'avortement est envisagé, il
faut le faire le plus tôt possible.
La mise à la diète de la mère n'est pas un
souci. Le poulain étant directement lié à la jument par le foie, il subit lui
aussi la fourbure et le régime ne peut pas lui faire de mal.
Il faut simplement complémenter la jument en
conséquence. Il en doit pas y avoir de carences en vitamines et éléments
essentiels, seulement moins de protéines.
Il faudra par contre prévoir un poulinage sous
haute surveillance et veiller à ce que la mère soit indemne de toute infection.
Sinon, on risque une rechute, embêtante avant un allaitement.
Conclusion :
La fourbure est une maladie
très grave, et dont la bonne guérison dépend de la rapidité d'intervention et
de la qualité des soins. La guérison est très longue, le cheval reste fragile à
vie, même si les symptômes ne sont plus visibles.
Cette maladie n'est plus
synonyme d'euthanasie, mais plutôt d'activité ralentie voir de retraite
anticipée.
Enfin, il n'est pas
nécessaire qu'un cheval devienne obèse pour développer une fourbure. Une bonne
alimentation et une bonne utilisation du cheval doivent mettre à l'abri de
cette maladie, qui est tout sauf une fatalité. Dans tous les cas, à choisir, il
faut de toute façon préférer un cheval un peu mince à un cheval trop rond.
|